Haute-Vienne : du pain rassis transformé en bière, une initiative antigaspi entre boulanger et brasseur

Dernière mise à jour : 23 octobre 2025

Et si le pain invendu des boulangeries pouvait connaître une seconde vie ? À Isle, près de Limoges, la boulangerie Chez Sylvain a trouvé une solution originale : transformer son pain sec en chapelure pour l’utiliser dans la fabrication de la bière.

Un partenariat local et écologique soutenu par le groupe Suez et Limoges Métropole, qui illustre une nouvelle voie de valorisation des déchets alimentaires.

À retenir

  • Le pain rassis est broyé en chapelure avant d’être envoyé chez un brasseur local, Lemovice.
  • La bière obtenue contient jusqu’à 30 % de pain recyclé.
  • L’initiative, soutenue par Suez et Limoges Métropole, vise à réduire les invendus de pain.
  • Les 3 000 premières bouteilles produites ont déjà trouvé preneur.
  • En France, 20 % des produits alimentaires consommés finissent jetés.

Sommaire

  1. 1. Une seconde vie pour le pain sec
  2. 2. Une bière au goût unique
  3. 3. Un dispositif imaginé par Suez
  4. 4. Une démarche soutenue par Limoges Métropole
  5. 5. Un enjeu national de lutte contre le gaspillage

1. Une seconde vie pour le pain sec

Dans la boulangerie Chez Sylvain, à Isle, le pain invendu ne finit plus à la poubelle. Il est désormais transformé en chapelure grâce à un broyeur mis à disposition par Suez. Cette chapelure est ensuite collectée par une association partenaire qui la livre à un brasseur local. Pour Saïd Mokrane, responsable qualité et hygiène, cette solution représente une véritable avancée : « Nous avons trouvé un moyen concret d’éviter le gaspillage tout en participant à une production locale de qualité. »

Le processus s’intègre parfaitement dans la routine de la boulangerie : chaque fin de journée, les pains invendus sont mis de côté, séchés, puis réduits en miettes. Ce geste simple permet de transformer un déchet en ressource.

2. Une bière au goût unique

Une fois livrée à la brasserie Lemovice, la chapelure de pain devient l’un des ingrédients principaux d’une bière locale et durable. Le brasseur Vincent Lefevre explique que la recette utilise « 30 % de pain recyclé et 70 % de malt d’orge ». La chapelure remplace une partie des céréales habituellement nécessaires au brassage, sans altérer la qualité de la boisson.

Le résultat est une bière légère et aromatique, aux notes de fruit blanc et de jasmin, avec une amertume discrète. Après trois semaines de fermentation, le premier brassin a donné naissance à 3 000 bouteilles, déjà vendues. Une réussite qui démontre que durabilité et plaisir gustatif peuvent aller de pair.

3. Un dispositif imaginé par Suez

Ce projet inédit est né d’une initiative du groupe Suez, spécialiste de la gestion des déchets, en partenariat avec Limoges Métropole. L’entreprise met à disposition des boulangers cinq broyeurs à pain, prêtés gratuitement pour une durée d’un mois. « Nous accompagnons les artisans dans une démarche concrète de valorisation de leurs invendus », explique Mylène Bouju, chargée de prévention chez Suez Collectivités. Plusieurs boulangers ont déjà testé la solution et soulignent sa simplicité d’utilisation.

Au-delà de la collecte, Suez favorise la création d’un réseau local associant artisans, brasseurs et structures solidaires. Ce maillage territorial permet d’optimiser les circuits courts et de réduire l’empreinte environnementale du transport.

4. Une démarche soutenue par Limoges Métropole

Pour les collectivités, ce type de projet illustre une politique de prévention active des déchets. Delphine Ruchaud, chef du service prévention et collecte à Limoges Métropole, y voit un levier essentiel : « Il est important de sensibiliser régulièrement les habitants et les professionnels aux bons gestes, et de valoriser les initiatives qui réduisent le gaspillage. »

En encourageant ces partenariats, la métropole soutient les acteurs économiques engagés dans l’économie circulaire. Elle démontre qu’une coopération entre entreprises, associations et artisans peut générer de la valeur tout en limitant les pertes alimentaires.

5. Un enjeu national de lutte contre le gaspillage

En France, environ 20 % des denrées alimentaires consommées sont gaspillées chaque année, soit près de 30 kilos par habitant. Le pain figure parmi les produits les plus concernés, représentant jusqu’à 10 % des pertes totales. Les projets de transformation des invendus, comme celui d’Isle, contribuent à réduire ce volume de manière concrète.

Cette initiative rejoint un mouvement plus large de revalorisation des surplus alimentaires à travers la transformation. Elle encourage les artisans à repenser leurs pratiques et à intégrer la durabilité dans leur modèle économique. À Isle, l’expérience menée par la boulangerie Chez Sylvain et la brasserie Lemovice illustre comment un simple pain rassis peut devenir un symbole d’innovation locale et de responsabilité partagée.

Les prochaines étapes du projet viseront à étendre le dispositif à d’autres communes et à sensibiliser de nouveaux artisans à l’importance de la revalorisation du pain. En Haute-Vienne comme ailleurs, le pain n’a peut-être pas fini de surprendre.

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