Dernière mise à jour : 23 octobre 2025
À Gouzon, dans la Creuse, la boulangerie-pâtisserie La Bouch’et d’pain a définitivement fermé ses portes le dimanche 12 octobre, après plusieurs décennies d’activité.
Confronté à une hausse continue des charges et des matières premières, le boulanger Cédric Bouchet a pris la décision de cesser son activité pour ne pas mettre en péril ses salariés et ses fournisseurs.
Cette fermeture marque la fin d’un commerce de proximité très apprécié des habitants.
À retenir
- Fermeture définitive de La Bouch’et d’pain à Gouzon (Creuse) le 12 octobre.
- Hausse des coûts de l’énergie, du beurre, de la farine et du loyer à 1 000 euros.
- Absence de repreneur et inquiétude des habitants pour l’avenir du commerce local.
- Dernier commerce à fermer avant la liquidation de la Laiterie de la Voueize, le 14 octobre.
Sommaire
- Une fermeture symbole des difficultés du commerce rural
- Un artisan accablé par la hausse des charges
- Les habitants regrettent un lieu de vie et de lien social
- Un signal d’alerte pour les communes rurales
1. Une fermeture symbole des difficultés du commerce rural
La Bouch’et d’pain faisait partie du paysage quotidien des 1 500 habitants de Gouzon. Située au cœur du bourg, cette boulangerie-pâtisserie servait une clientèle fidèle depuis plusieurs générations. La vendeuse connaissait les commandes habituelles par cœur, reflet d’un lien fort entre les habitants et leur commerce de proximité. Pourtant, après des années d’activité, le rideau est tombé le dimanche 12 octobre, marquant la fin d’une époque pour ce village creusois.
Cédric Bouchet, boulanger depuis huit ans à la tête de l’établissement, a pris cette décision difficile après avoir constaté que les charges devenaient insoutenables. « C’était notre projet de vie, on a tout claqué pour ça », confie-t-il, ému. La fermeture s’est faite dans la dignité, avec une dernière fournée de pain le samedi et une ultime vente le lendemain. Une fin discrète mais profondément ressentie dans la commune.
2. Un artisan accablé par la hausse des charges
Depuis plusieurs années, la boulangerie faisait face à une spirale de hausses : coût du beurre, du sucre, de la farine, de la levure, mais aussi de l’énergie et du loyer, qui atteignait près de 1 000 euros par mois. Ces augmentations successives ont mis à mal la trésorerie de l’entreprise. « Nous avons énormément de charges. Répercuter tout cela sur les prix de vente, c’est compliqué dans un village », explique Cédric Bouchet.
Le couple de boulangers avait déjà cessé de se verser un salaire régulier. « Nous n’y arrivions plus. Il fallait être lucide : continuer aurait signifié ne plus pouvoir payer nos salariés ni nos fournisseurs », précise le boulanger. L’entreprise a donc choisi de s’arrêter avant de s’endetter davantage, évitant ainsi une cessation de paiement douloureuse. Cette décision, bien que rationnelle, laisse un vide dans le cœur des habitants et dans le tissu économique local.
3. Les habitants regrettent un lieu de vie et de lien social
La clientèle, attachée à la qualité artisanale et à la convivialité du lieu, vit cette fermeture comme une perte collective. « La baguette Festive, j’adorais ça pour déjeuner. Je ne sais pas ce qu’on va faire maintenant », s’interroge un habitant en récupérant sa dernière commande. Pour beaucoup, cette boulangerie n’était pas seulement un commerce, mais un lieu de rencontre et d’échanges.
Un retraité confie son inquiétude : « Cela fait trente ans que je viens ici. C’est malheureux. Aller à Carrefour, c’est autre chose : ce n’est pas pareil qu’un artisan. Dans les campagnes, il n’y a plus rien. Ceux qui ne peuvent pas se déplacer, je ne sais pas comment ils vont faire pour acheter du pain. » Cette fermeture symbolise une tendance plus large : la disparition progressive des commerces de proximité dans les petites communes rurales.
4. Un signal d’alerte pour les communes rurales
À Gouzon, il reste encore une boulangerie, quelques commerces et des services de base, mais l’équilibre économique du centre-bourg devient fragile. « Ils ferment tous les uns après les autres », constate un habitant. Quelques jours après la fermeture de La Bouch’et d’pain, la commune a appris la liquidation de la Laiterie de la Voueize, une entreprise historique créée en 1960. Cette succession de disparitions alimente la crainte d’un déclin économique local.
Les commerçants voisins partagent ce sentiment d’inquiétude. La gérante du salon de coiffure situé en face résume la situation : « Un commerce qui ferme en entraîne souvent un autre. Le soutien de nos clients est notre plus belle récompense, mais ce n’est pas toujours suffisant. Une page se tourne pour eux, et pour Gouzon aussi. »
Au-delà du cas de La Bouch’et d’pain, cette fermeture illustre les difficultés structurelles auxquelles sont confrontés les artisans des zones rurales : hausse des coûts, baisse de la fréquentation, manque de repreneurs et fragilisation du pouvoir d’achat local. Une situation qui appelle des réponses collectives pour préserver les commerces de proximité, véritables piliers du lien social dans les campagnes françaises. L’avenir dira si Gouzon parviendra à maintenir ce tissu économique essentiel ou si cette fermeture en annonce d’autres.